Il y a 20 ans, en 1996, la création du Front de Libération des Nains de Jardin (FLNJ)

En 1996, c’est bien connu, il ne s’est rien passé. C’est tout juste si cette année là on rajoute deux chiffres à nos numéros de téléphone (les deux premiers : 01 à 05). Dans la France de 1996, le Minitel surclasse encore Internet. Pour pouvoir téléphoner dans la rue il faut avoir une télécarte et trouver une cabine téléphonique. L’été 1996, la jeunesse s’ennuie.

Minitel

Mais la France et sa jeunesse ont toujours su sublimer l’ennui. Voyez Dada et les surréaliste ou Mai 68 et les situationnistes… en 1996 ce sera le Front de Libération des Nains de Jardin (FLNJ) et la lutte contre le « beauf » et son kitsch pavillonnaire. Un mouvement qui restera marginal. Son nom est, bien sûr, une référence humoristique au FLNC, mouvement nationaliste corse très actif dans les années 90, comme en témoigne ce logo (surement postérieur à 1996).

La première libération de nains de jardin a lieu en juin 1996 à Alençon. C’est une simple blague du samedi soir. Un groupe de copains vole un premier nain pour le relâcher dans son « milieu naturel », la forêt. Puis d’autres y passent et la bande d’étudiants se donne pour mission de libérer ces «êtres maltraités, séquestrés dans les jardins, laissés dehors la nuit et dans le froid, seuls, ou entourés de poules».  Comme c’est l’été et qu’il n’y a rien d’autre à raconter, la presse donne une ampleur considérable à l’affaire et rapidement, sans concertations, des « canaux » FLNJ se multiplient partout en France. Le mode opératoire se précise : après la libération dans un square ou un jardin, on envoie à la gendarmerie ou la police une lettre de revendication précisant où se trouvent les nains libérés. Et les journaux locaux de s’amuser de voir les autorités s’organiser pour accueillir les victimes des vols souhaitant retrouver leurs nains.

Photo d’un canal du FLNJ publiée en 2009 sur un Skyblog

Une bataille surréaliste va alors voir le jour. D’un côté le FLNJ, une jeunesse qui se pare du symbole de la feuille de cannabis et revendique une sous-culture potache et de l’autre, une classe moyenne « beauf » qui maquille de kitsch son confort pavillonnaire. Une lutte vieille comme la jeunesse… Les propriétaires « orphelins » de leurs nains de jardin auront même leur représentant via la très sérieuse Association internationale pour la protection des nains de jardin. Son président, Fritz Friedmann veille, depuis 1980 et depuis la Suisse, a ce que les fabricants créent bien des nains de jardin conforme à la tradition : avec une barbe blanche, un bonnet rouge et surtout pas dans des positions humiliantes. Un lobby quoi. Et il affirme que la place des nains de jardins est dans… les jardin.

De chaque côté, une chose est frappante. On se souvient et on donne une grande importance à l’origine de ces effigies. Des âmes protectrices, folkloriques et mythologique représentées sous forme de statuettes depuis le Moyen Age et censées protéger les mineurs puis finalement tout le monde.

L’éminent professeur et docteur autoproclamé en nanologie, Fritz Friedmann, président de l’Association internationale de protection des nains de jardins, fondée en 1980 en Suisse

Je passe l’analyse sociologique. On apprend dans un très bon article de David Dufresne dans  Libération en 1997 que : « Jean-Claude Kaufmann, sociologue, prend position. Pour lui, les rapts de nains traduisent le «fou rire du dominant. Une manière de se classer socialement». Pire, par son action, «le FLNJ nie la capacité à se construire un univers, l’amour du geste, l’esthétisme, l’équilibre du jardin». En un mot: «Une ironie facile et suspecte», qui doit son succès au «choc des cultures» qui la sous-tend. » Voilà.

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FLNJ CUGNAUX (Haute-Garonne) fin des années 90

Le mouvement va s’essouffler en quelques années. En juin 2006, soit 10 ans après sa création le bilan affiché par le site www.FLNJFrance.com est de 4296 nains libérés. Le site a aujourd’hui disparu mais on peut y accéder grâce à l’Internet Archive. Ça vaut le coût d’y jeter un œil pour 1) voir comment était Internet il y a 10 ans et 2) découvrir les noms les plus audacieux des « canaux » comme Nain-porte-quoi, Kit nain libre ou Les nains dépendants

Épilogue : En 2011, dans l’Orne, près d’Alençon donc, une femme souhaitant vendre un hangar désaffecté qu’elle avait reçu en héritage découvrira 71 nains de jardin et deux Blanche-Neige. Surement une planque oubliée, la dernière plainte pour vol de nains dans la région datant de 2008. Et il pourrait en avoir d’autres. Car contrairement au FLNJ, les libérateurs de la LRNDJ (Ligue révolutionnaire des nains de jardin) gardait secret le lieu de libération.

Le FLNJ a inspiré le nain de jardin voyageur dans le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001)
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