La petite histoire du 14 juillet 1790 : La Fête de la Fédération

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Il s’agit de la première célébration du 14 juillet par les Français et de la fête la plus connue de la Révolution. Ce jours là, les citoyens se sont unis et se sont fait un serment sur le Champ-de-Mars… Après, on a fait la fête à Bastille. C’est de là que nous vient la fête nationale.

Retour en image avec ces estampes d’époque. J’ai fait une sélection des plus belles, ce qu’un historien ne devrait pas faire. Pourquoi? Parce qu’au début, j’ai écarté les estampes les plus brouillonnes ou celles ayant des perspectives moins heureuses, or cela nous donne des informations ! Ici, c’est une preuve que leur destination était populaire et que le symbole importait plus que l’esthétique. Je me suis donc un peu ravisé.

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Dès le début de la révolution, on voit apparaître en province des fêtes pour la prestation d’un serment civique. En réalité, ce sont des mouvements conservateurs plus que révolutionnaires, une fête de la réconciliation et de l’unité. Car après la prise de la Bastille, un mouvement de paranoïa générale connue sous le nom de Grande Peur a agité la France. Des rumeurs circulait alors : l’aristocrate allait se venger en recrutant des mercenaires et des brigands. Les paysans s’armèrent et pas mal de châteaux en ont fait les frais.

Passé la peur collective, et pour être sûr que tout le monde était finalement copain, des fêtes civiques spontanées s’organisent, rassemblant les milices populaires, les Gardes nationales et les troupes de lignes autour de la prestation du serment civique, fait « sur l’autel de la Patrie ».

Cela inspire au marquis de La Fayette (commandant de la Garde nationale de Paris) et aux députés de l’Assemblée constituante l’idée d’une grande fête d’union nationale. Elle est prévue pour le 14 juillet 1790, un an jour pour jour après la prise de la Bastille et se fera sur le Champ-de-Mars.

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Les travaux ne commencent que le , avec 1 200 ouvriers. Il faut terrasser et transformer en un vaste cirque le Champs-de-Mars qui, à l’époque, n’était qu’un terrain de manœuvres au milieux des champs, servant à l’Ecole militaire (le bâtiment que vous pouvez voir sur l’image ci-dessus et qui existe toujours).  Ils étaient nourris, mais mal payés et, quand on leur reprochait leur lenteur, ils menaçaient de quitter le chantier.  On fit alors appel à la bonne volonté des Parisiens. Ils répondirent en masse, la légende veut même que tout Paris dans sa diversité sociale était présent ce que soulignent bien les images produites. Même Louis XVI vint de Saint-Cloud donner un coup de pioche. Il est encore impensable de se passer de monarchie, l’idée d’une République ne commencera à germer qu’après la fuite de Varennes.

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Finalement, le 14 juillet, tout est prêt, y compris un Autel de la Patrie et un arc de Triomphe construit pour l’occasion à l’emplacement actuel de la Tour Eiffel. Les fédérés de toutes la France défilèrent dessous avec leurs tambours et leurs drapeaux ; ils étaient 100 000 (selon les syndicats et 50 000 selon la police – on trouve les deux chiffres dans les sources). La foule des Parisiens prirent place sur les talus que l’on avait élevés autour de l’esplanade. Louis XVI prit place dans le pavillon dressé devant l’École militaire.

La Fayette est alors le premier à prêter serment, au nom des gardes nationales fédérées :

« Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l’intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu’elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité. ».

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Puis ce fut au tour du président de l’Assemblée de prêter serment au nom des députés et des électeurs. Le roi, la reine et le Dauphin prêtèrent à leur tour le serment de fidélité aux lois nouvelles. Et enfin, c’est au tour du reste des participants et de la foule de le prononcer « à l’heure de midi, de concert et au même instant par tous les habitants et dans toutes les partis du royaume ».

On en profita aussi pour brûler les emblèmes de la féodalité (ci-dessous).

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Et, c’est à la Bastille que l’on va aller pour faire la fête (d’ici à dire qu’on à là l’ancêtre du bal des pompiers…). Ci-dessous, vous pouvez voir les décorations et illuminations installées pour l’occasion. La légende se passe de commentaire : « Ici, l’on danse ».

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Postérité

C’est bien plus tard, le que le 14 juillet devint officiellement jour de la Fête nationale française, sur proposition du député Benjamin Raspail. Tous les ans, quelques journalistes pensant tenir un scoop nous racontent que le 14 juillet est en fait une commémoration de la Fête de la Fédération plutôt que celle de la prise de la Bastille. En fait, ce sont les deux où même plutôt aucune. Car en 1880, les années 1789 (prise de la Bastille chère aux républicains) ou 1790 (fête de la fédération chère aux conservateurs) n’ont jamais été officiellement citées afin de satisfaire les deux courants de l’époque.

Crédit images : Gallica BNF

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2 réflexions sur “La petite histoire du 14 juillet 1790 : La Fête de la Fédération

  1. “Le 14 juillet, prise de la Bastille. J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les invalides, mais par des gardes-françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet : c’est ce spectacle que des béats sans cœur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si, moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui.”
    Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe, première partie, V, 8.“

  2. La « Grande peur » m’était inconnue ! Sinon, c’est toujours aussi étonnant de se rendre compte à quel point on est loin dans l’imaginaire collectif actuel de ce grand moment de communication pas franchement révolutionnaire au sens violent mais plutôt festif qu’était la fête de la fédération…

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