La petite histoire illustrée des anarchistes de Bertillon

Il y a quelques jours, le Metropolitan Museum of Art de New York annonçait le libre accès et la libre utilisation de ses collections tombées dans le domaine public. Joie !

Me voici donc avec un nouveau terrain de jeux. Je suis vite tombé sur une belle « petite histoire illustrée », celle des portraits du célèbre criminologue Bertillon que le MET présente ainsi :

«Issu d’une famille distinguée de scientifiques et de statisticiens, Bertillon a commencé sa carrière de commis au Bureau d’identification de la Préfecture de police de Paris en 1879. Chargé de tenir des dossiers de police fiables sur les délinquants, il a mis au point le premier système moderne d’identification criminelle. Le système, connu sous le nom de Bertillonage, comportait trois composantes: mesure anthropométrique, description précise des caractéristiques physiques du détenu et photographies standardisées du visage.
Au début des années 1890, Paris subit une vague d’attentats à la bombe et de tentatives d’assassinats perpétrés par des partisans anarchistes de la «propagande par le fait». Un des plus grands succès de Bertillon est arrivé en mars 1892, lorsque son système d’identification criminelle a mené à l’arrestation du poseur de bombe anarchiste et criminel de carrière connu sous le nom de Ravachol (ci-dessous). La publicité entourant l’affaire a valu à Bertillon la Légion d’honneur et a encouragé les services de police du monde entier à adopter son système anthropométrique.»

(traduit de l’anglais par mes soins, les liens mènent à des pages Wikipédia pour ceux qui veulent approfondir le sujet)

En effet, à l’entrée « motif » la grande majorité se voient apposer la mention « anarchiste ». Voici mon petit florilège parmi les hommes, femmes, jeunes, vieux, barbus, moustachus, ouvriers ou artistes qui ont été immortalisés par la police (en commençant par le plus célèbre et en terminant par la plus belle…) :

Le plus célèbre

« Ravachol » François Claudius Koënigstein. 33 ans, né à St-Chamond (Loire). Condamné le 27/4/92. 1892.

Les anonymes ou presque

Véret 0ctave-Jean. 19 ans, né à Paris XXe. Photographe. Anarchiste. 2/3/1894.

Perrier (dit Theriez) Louis. 35 ans, né le 25/8/58 à Paris Vllle. Ébéniste. Anarchiste. 16/3/1894.

Cazal Antoinette. 28 ans, née à Salgouz (Cantal). Couturière. Anarchiste. 28/2/1894.

Naudet Gervais. 40 ans, né à Echaleau (Côte-d’Or). Menuisier. Anarchiste. 10/3/1894.

Lefebvre Eugène, Anatole. 28 ans, né le 2/7/66 à St Pierre (Eure). Sculpteur sur bois. Anarchiste. 2/7/1894.

Borreman Léontine, Eugénie. 23 ans, née à Paris le 25/12/70. Papetière. Anarchiste. 13/3/1894.

Bligny André, Eugène. 58 ans, né à Vincennes. Serrurier. Anarchiste. Fiché le 2/3/1894.

Rampin Pierre. 49 ans. Menuisier. Anarchiste. 3/7/1894.

Sentenac Phillipe. 36 ans, né à Soulan (Ariège). Menuisier. Anarchiste. 7/3/1894.

Carraglia Charles. 39 ans, né à Moceto (It). Homme de lettres. Anar, infraction à la loi du 21/6/73. 13/3/1894.

Brunet Georges. 25 ans, né à Paris. Menuisier. Anarchiste. 4/2/1894.

Loth Clotilde, Caroline (femme Bossant). 43 ans, née à Valenciennes. Sans profession. Anarchiste. 27/4/1894.

Breiner Jean-Baptiste. 31 ans, né à Bar sur Aube (Aube). Mécanicien. Anarchiste. 5/3/1894.

Olguéni Gustave. 24 ans, né à Sala (Suède) le 24-5-69. Artiste-peintre. Anarchiste. 14-3-1894.

Chatel Charles. 25 ans, né le 8/10/68 à Paris XVIIle. Anarchiste. 14/3/1894.

Soubrier Annette (femme Chericotti). 28 ans, née à Paris Ille. Coutière. Anarchiste. 25/3/1894.

Lustenberger Louis, Joseph. 38 ans, le 16/3/56 à Paris XXe. Ciseleur. Anarchiste. 17/7/1894.

Charrié Cyprien. 26 ans, né le 7/10/67 à Paris XVIlle. Imprimeur. Anarchiste. 2/7/1894.

À bicyclette…

Ortiz Léon. 25 ans, né à Paris. Commis d’architecte. Anarchiste. Voyage ordinairement en bicyclette. 1894.

Enfin, la plus belle

Schrader Minna, Appoline. 19 ans, née à Paris XIe. Sculpteur. Association de malfaiteurs. 24/3/1894.

J’ai retrouvé la trace de Minna Schrader, une modèle célèbre parmi les artistes de Montmartre. Voici ce qu’en dit L’Intransigeant du 26 mars 1894 qui revient sur son arrestation dans sa rubrique « Les anarchistes » :

Et il y a encore plus de 400 portraits à découvrir en cliquant ici.

Share Button

11 réflexions sur “La petite histoire illustrée des anarchistes de Bertillon

  1. Magnifiques documents, qui donnent envie d’en savoir plus.
    On voit que ce sont de petits artisans, comment sont ils tombés dans la délinquance, ont ils fait beaucoup de morts ? Certains ont l’air de braves gens, n’étaient ils pas arrêtés et condamnés « un peu à la légère  » ?
    Je connais très mal, mais ces photos me donnent envie d’en connaître un peu plus.
    En tout cas MERCI.

    1. Bonjour,
      Je ne parlerais pas de délinquance (comme on l’entend aujourd’hui). Je ne connais rien de leurs implications mais je ne suis même pas sûr que ces photos étaient prisent dans le cadre d’une enquête ou d’un crime en particulier… Il s’agissait juste de ficher les anarchistes, par prévention si l’on veut. Il est parfois fait mention des condamnations mais très peu en ont. Par contre, beaucoup sont des « publicistes » comprendre : ils écrivent dans des journaux anarchistes et je pense que ça suffisait pour se faire tirer le portrait.

  2. Bonsoir à tous,

    Votre travail donne effectivement l’envie d’en savoir plus. Doublement. D’une part, en tant que généalogistes amateurs, bien sûr, surtout si nous comptons des cousins/ancêtres parmi eux.L D’autre part, parce qu’il faut rétablir l’anarchisme dans sa définition première. Très honnêtement, qui, parmi ceux qui liront ce commentaire savent EXACTEMENT en quoi consiste l’anarchisme ? Ne considérez-vous pas ce terme comme synonyme de désordre, d’absence de loi, d’actions individuelles musclées ?
    Le dernier paragraphe de http://www.toupie.org/Dictionnaire/Anomie.htm est o,n ne peut plus clair là-dessus

    L’est tout autant http://national-anarchisme.hautetfort.com/media/00/02/3208447492.jpg

    Ceci étant dit, il devient clair que l’une des phrases écrites (justement) en introduction, à savoir  » En effet, à l’entrée « motif » la grande majorité se voient apposer la mention « anarchiste ».  » me gêne aux entournures car plus d’un siècle après, le réflexe de tout le monde (moi y compris et, là, c’est plus grave, même si je me reprend dans la foulée) l’anarchisme est collé sur tout et n’importe quoi. L’anarchisme, ce n’est pas faire de coup de feu, même si certains s’y sont employés (je pense au célèbre Jules Bonnot et à sa bande).
    En tous cas, MERCI de nous mettre sur la piste photographique (ou plus, si affinités) de ceux dont  » on  » s’est arrangé pour faire oublier l’action.

    1. Merci pour cette précision. En effet, je connais bien la différence entre l’anarchie et l’anomie et je n’ai pas précisé ce détail. L’histoire de l’anarchie politique est très belle et très riche et trop peu de gens s’y intéresse… qui sait, peut-être que ce tout petit article donnera envie à 1 ou 2 personne de chercher plus loin. En tout cas, ravi de vous lire Mannig 😀

  3. Oups… J’ai oublié quelque chose d’important : vous parlez de 400 (quatre-cents) portraits mais le site affiche 100 pages avec 100 clichés sur chacune d’entre elles. Ma super-calculatrice est néanmoins arrivée au résultat : 10 000 (dix-mille).
    On excusera du peu !

    1. Rangez votre calculatrice, il ne s’agit pas du nombre de pages mais du nombre de résultats à choisir par page. Bertillon n’était pas si prolifique 😉 . Vous avez le nombre de résultats en haut.

  4. Oui, au temps pour moi quant au nombre de dossiers. Ma calculatrice aurait pu me prévenir , tout de même 😉

    Puisque la cause anarchiste semble intéresser tant vous que vos visiteurs au vu des commentaires de cette page, j’informe (ou rappelle) que les Éditions de l’Atelier ont publié un « Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone » en deux volumes. L’un, probablement de format 21×27 à 65 euros et le même, au format Poche (A5) à 15 euros (ISBN 978-2-7082-4316-3). L’acquisition d’un de ces ouvrages donne accès à base de données en ligne, bien plus riche. (http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?mot28)
    Voir http://www.editionsatelier.com

    D’un point de vue généalogie, les travaux des Éditions de l’Atelier (spécialisées dans le monde ouvrier) sont tout à fait remarquables, mettant en lumière des acteurs sociaux que la société bien-pensante s’est arrangée pour occulter. Largement de quoi éclairer votre généalogie… ou votre curiosité. Ces bases de données sont accessibles depuis http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?mot28, colonne de gauche.

  5. Il se trouve que sur cet « album Bertillon » se trouve un couple de ma « famille »: Annette Soubrier et Pierre-Paul Jacques Chierricotti.
    Annette Soubrier était la cousine germaine de deux de mes grands parents, cousins entre eux.
    Je connais donc sa photo,celle de son mari et celle de deux témoins de leur mariage par cet album Bertillon, dont j’ai récupéré une photocopie pour mon usage personnel sur Gallica, sur cet album les photos figurent deux fois: par taille croissante des individus et par ordre alphabétique, les femmes état reléguées ensemble à la fin.
    Annette était la fille d’un brocanteur et de sa femme nés dans le Cantal, Annette elle est née à Paris et a vécu rue des vertus elle a cinq ans lorsque sa mère meurt et sept lors de la Commune, sa tante maternelle tient un bistrot Place de l’hôtel de ville pendant les événements et la Semaine sanglante.
    Elle rencontre Chiericotti , né à Milan en 1858 et vit avec lui très vite dans le 18è, quand elle se marie elle a vingt ans tout juste.
    Ils ont trois enfants qui meurent très vite de misère car pour survivre ils ont un minable élevage de poules dans le Montmartre encore campagnard de l’époque.
    Mais Pierre-Paul est impliqué dans une affaire à la fois « terroriste » et de « reprise individuelle » et exilé à Londres avec Annette qui le suit, leur témoin de mariage Cova ( sur mon exemplaire du Bertillon aussi) est exilé et vivra avec eux. On peut les suivre par les « census » de Londres, ils vivent tous ensemble.
    Puis c’est l' »affaire » qui les verra tomber car ils sont impliqués dans le procès des Trente en 1894 au moment des lois scélérates, si Annette est acquittée et retourne à Londres où elle mourra à 85 ans en 1951. Pierre Paul lui est un des rares accusés à être condamné à 8 ans de bagne, il tombe pour raison de droit commun et non politiques, le vol lui est attribué, tous les intellectuels comme Fénéon etc… sont relaxés, mais le prolo étranger émigré , éleveur et voleur de poules lui part au bagne.
    La rumeur en 1901 le dit « évadé », mais Pini avec lequel il se serait échappé lui, est repris.
    Le Maîtron n’a pas eu en mains les actes d’état civil et le dossier du bagne des ANOM que j’ai lus attentivement et je pense avoir raison sur les quelques détails avec lesquels je ne suis pas en accord avec les rédacteurs.
    L’histoire triste sur le plan personnel de cette famille d’ouvriers, militants qui ont toujours eu en vue l’émancipation des classes laborieuses .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *