La petite histoire de l’homme sans chapeau (ou l’anticonformisme en 1860)

Gif, Insolite, Paris, Personnage
Après le charmeur d’oiseaux des Tuileries, voici un autre original de 1860 que l’on peut retrouver dans Les célébrités de la rue : Paris (1815 à 1863) par Charles Yriarte. Ce livre fut édité en 1864 et augmenté lors d’une réédition en 1868. On peut y découvrir toute sorte de types originaux de l’époque, comme l’homme orchestre, « le Marin » ou la « Vieille au bouquet »… les semi-célébrités (ou les pipoles) de la rue que tout bon Parisien a croisé.
Dans le lot on retrouve un homme bien anticonformiste puisqu’il… ne porte pas de chapeau. Ce rebelle se remarque de loin car à l’époque tout le monde porte un chapeau. Le nudiste de la tête (l’expression n’est pas heureuse, elle est de moi) en agace même certains, c’est dire si le couvre-chef à perdu de son importance. Je vous laisse lire ci-dessous le court chapitre qui lui est réservé, suivi d’une fenêtre sur la source : le portail Gallica de la BNF (Bibliothèque nationale de France).
L’homme sans chapeau
L’HOMME SANS CHAPEAU

 L’HOMME SANS CHAPEAU

Sa manie est innocente ; en toutes choses d’ici-bas il pense comme vous et moi. Ce n’est même pas un fantaisiste, il serait plutôt bourgeois et prud’homme ; mais il a horreur du chapeau et n’en a jamais porté, si bien qu’on le voit errer tête nue dans toutes les rues de Paris.

Vous croyez, en le voyant passer sur les boulevards, qu’il est sorti en voisin pour faire une emplette ; – erreur, il est là fort loin de chez lui, et quand il voyage, il ne couvre pas davantage son crâne poli comme une bille d’ivoire et habitué aux intempéries.

Soutenez après cela que notre lourd chapeau noir est une des causes de la calvitie précoce de notre génération ; voici un original qui, dès son âge le plus tendre, jetait sa calotte par-dessus le premier moulin venu, et dont jamais, au grand jamais, le crâne n’a été souillé par notre ignoble gibus. Amère dérision ! flagrante inconséquence ! il est chauve comme jules Sandeau ou le docteur Laborie, et pour désigner Siraudin placé à côté de lui, le premier venu dirait, sans intention épigrammatique : « le plus chevelu de ces deux messieurs. »

Mais une calvitie aussi radicale ne constitue pas seule un titre à l’admiration de ses contemporains ; l’Homme sans chapeau est un dilettante passionné, et les Parisiens l’appellent encore l’Ami des musiciens. Il est de tous les orphéons, il assiste à tous les concerts populaires, il organise, administre et pousse l’enthousiasme jusqu’au point d’accompagner les masses chorales lorsqu’elles vont, de département en département, concourir ou donner des festivals.

L‘Homme sans chapeau porte toujours en bandoulière une de ces petites bourses chères aux Anglais en voyage. Pendant l’été, quand les régiments de la garnison de Paris donnent des concerts dans les différents quartiers de la capitale, il passe des Tuileries à la place Vendôme, et regrette amèrement de ne pouvoir, à la même heure, assister à celui de la place Royale.

L‘Homme sans chapeau a quarante ans ; il est blond comme Arsène Houssaye et paraît de mœurs douces ; il adore la foule et ne paraît nullement gêné quand l’attention de ses contemporains se concentre sur lui. Quelques gens systématiques, et que ce parti pris agace, lui vantent parfois les avantages de la coiffure ; il écoute leurs observations avec bienveillance, mais il ne saurait se convertir.

On l’a vu dans quelques occasions, et notamment lors des ascensions solennelles du Géant, prêter son concours à Nadar, organiser, administrer et diriger. Il semble que la foule l’attire et qu’il ne se plaise qu’au milieu des Parisiens en effervescence.

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N.B. L’illustration, quant à elle, est une vue stéréoscopique de l’ouverture de la Columbian Exposition, l’Exposition universelle de Chicago en 1893, un événement commémorant le 400e anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde. Le National Museum of Play (le Musée national du Jeu des Etats-Unis, à Rochester, NY) possède aussi une vue identique et il considère cette Exposition comme le précurseur des parcs d’attractions. Mais ce que j’ai trouvé sympa dans cette « marée humaine », c’est que je n’ai trouvé qu’une seule tête nue. Et vous?
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L’Égypte en vues stéréoscopiques animées (1896-1897)

Gif, Relief, Voyage, XIXé

En fouillant un peu l’Internet, je suis tombé sur le site de la bibliothèque de l’Université américaine du Caire, avec une centaine de vues stéréoscopiques sur l’Egypte en 1896-1897. Ceux qui me suivent sur Facebook  connaissent mon goût pour l’animation de ces vues destinées à voir en relief.

Voici donc une petite sélection. Il s’agit de photographies faites par un ou des opérateurs professionnels pour l’éditeur américain Underwood & Underwood. Sous la forme de cartons (17 x 8,5 cm), ces photographies étaient vendues un peu partout afin d’assouvir la soif de découvrir le monde des occidentaux, petits ou grands. Les légendes ne sont autre que des retranscriptions fidèles, en gardant coquilles, petites erreurs et toponymie d’époque. Je vous ai, à chaque fois, recopié la traduction française qui, au dos, côtoie les autres langues (anglais, allemand, espagnol, suédois et russe).

Plus que l’Égypte en 1900, il faut y voir aussi une certaine vision de l’Orient. Un imaginaire entre fascination de l’antiquité, orientalisme et paternalisme colonial.

 

PyraCham

L’offrande de l’adieu – En partance pour le Désert, Egypte.

Dates

Une collation dans le Temple de Medinet Habu, Thebes, Haute Egypte.

Egypte

Le Sphinx et la Pyramide de Chefren, Egypt.

Abydos

Les Piliers, Temple d’ Abydos, Haute Egypte.

CaravaneCham

Un navire du Désert passant devant le Tombean des Califes, le Caire, Egypte.

Mosquee

La Mosquée du Sultan Barkuk, le Caire, Egypte.

Cheik

Le Cheik el-Sadaat, Chef des Mahometans et descendant direct du Prophète.

PorteuseEau

Les jolies petites filles de Thèbes, Egypte.

Roue

Un système égyptien pour le puisage de l’eau.

Intéressant, la légende originelle, anglaise, parle de « Ferris Wheel » que l’on peut traduire par « Grande Roue » (l’attraction) et il n’est pas question de puisage d’eau… Qui croire ? les deux peut-être.

Felouque

Une Bateau Arabe, porteur de la marchandise pour le marché, sur le Nil, Egypte.

Et il en reste encore beaucoup. A suivre…

Un jazz-band de chimpanzés (1923)

Animaux, Insolite, Spectacle

Dans les années 1920, arrive en France le Jazz-Band, une mode importée des États-Unis qui va concurrencer le bal musette et son accordéon. Plutôt qu’un style musical, j’ai envie de dire que le Jazz-Band se définit presque par le seul fait qu’il est une formation de plusieurs instruments… pourvu que ça danse! Au choix : guitare, batterie, banjo, violon, instruments à vent et parfois même accordéon (on ne se refait pas). Et comme pour tous les nouveaux genres musicaux, l’accueil est plutôt mitigé. Voyez plutôt ce que nous en dit cet article.

 

ScienceEtVoyage215LPHI

«Un jazz-band de chimpanzés», Sciences et voyages, n°215, 1923.  © LPHI

LE JAZZ-BAND DEVRAIT ETRE COMPOSÉ DE CHIMPANZÉS

La musique ultra-moderne ne demande plus guère une connaissance approfondie des accords plus ou moins parfaits, si l’on appelle musique les sons sauvages de certains orchestres.
C’est sans doute par ironie qu’un dresseur de chimpanzés de Los Angeles a eu l’idée de constituer un orchestre d’animaux qui, parait-il, fait merveille et ne serait pas déplacé dans un dancing avec ses symphonies futuristes.
Le chimpanzé est l’animal qui se dresse le mieux; mais il faut beaucoup de persuasion, car le chimpanzé est excessivement peureux. Il a un sens merveilleux de l’équilibre et il n’est pas indifférent à l’art. A l’Institut de psychologie zoologique, certains sujets ont dessiné comme le feraient des enfants, en simplifiant les croquis à l’extrême. pour reproduire des choses vues. Le docteur Ph. Garner ne désespère pas de voir les chimpanzés parler et chanter quelque jour. Il affirme qu’en effet, dans leurs forêts équatoriales, ces anthropoïdes ont un vocabulaire très bien fourni.

En bonus : un Jazz-Band plus commun, celui de la famille Fallone.FalloneLPHI

Souvenir du passage de la petite troupe Fallone plus petit Jazz de l’époque, carte postale, c. 1925. © LPHI